Off-site ethnography: ethnography without a fieldwork ?/Ethnographies hors-sol : ethnographies sans terrain?

Retour aux événements

En raison des circonstances sanitaires, cette présentation aura lieu via la plateforme virtuelle Teams.    

Cette séance table-ronde interrogera, à partir des expériences de recherche et des travaux des intervenant.e.s, les contours de ce que l'on appelle l'ethnographie en ligne 

 

Intervenante : Juliette Duclos-Valois (EHESS/CETOBaC-IFPO)

Titre : Devenir un « individu-monde » : les profils numériques comme source de l’enquête ethnographique 

Résumé : 

Juliette Duclos-Valois développe une anthropologie du quotidien sans perspectives à partir d’une étude des conditions de la migration des personnes aux prises avec le conflit irakien. Elle s’intéresse notamment aux procès de la migration et s’attache à travailler le « chemin causal » qui permet de rendre décidable ou non, du point de vue des individus, un exil. Dans ce cadre, elle a récemment porté un intérêt à l’exploration des profils Facebook de jeunes hommes irakiens. Son étude, inscrite dans le champ des Digital Migration Studies, propose une description des stratégies qui sous-tendent la construction et l’alimentation de ces profils. Elle montre que le jeu propre et la vie du « profil » produisent — par effet de retour dans le réel — des bifurcations dans les trajectoires personnelles, et souvent des résultats d’allure paradoxale de ré-ancrage des projets individuels au local.

 

Intervenante :  Chowra Makaremi (CNRS/IRIS-EHESS)

Titre : L'ethnographie off-site 

Résumé :

Dans les zones de conflit et de post-conflit, les chercheur·e·s peuvent négocier l'accès au terrain par l'intermédiaire d'une communauté internationale d'expert·e·s et de praticien·ne·s. Mais l'investigation empirique s'avère plus difficile dans les régimes répressifs forts qui exercent une surveillance sur les universitaires et la société civile. Les dispositifs de pouvoir et de savoir s’articulent les uns aux autres et tracent les frontières de ce qui peut ou non relever du domaine de la recherche : nous devons nous y frayer un chemin, afin de négocier ou conserver un accès au terrain. Mais que se passe-t-il quand nous tentons de franchir ces frontières ou de nous en affranchir, en situant d’emblée notre problématique au-delà des « lignes rouges » établies ? Cette question, qui relevait jusque-là d’une certaine forme d’engagement en sciences sociales, a trouvé un nouvel écho dans le contexte épidémique global. A travers notamment l'ethnographie des archives et l'utilisation des nouvelles technologies, le travail de Chowra Makaremi sur la violence post-révolutionnaire en Iran (projet ERC « off-site » 2019-23) explore les méthodes transdisciplinaires d'études empiriques « à distance ».

 

Intervenant : Edouard Degay Delpeuch (ULB-EASt/LAMC-EHESS/CASE) 

Titre : "Au fond d'un terrier de lapin" : enjeux autour du partage numérique d'un média thaïlandais

Résumé :

Le 14 juin 2011, Sumeth Yakham publie sur la plateforme internet YouTube une vidéo promotionnelle d’un groupe du nom de Khun Narin Sin Phin Prayuk de la province de Phetchabun, au nord de la Thaïlande. « Trouvée » sur YouTube et partagée sur les réseaux sociaux et la blogosphère nord-américaine, la vidéo va rapidement être relayée comme une « musique psychédélique thaïlandaise » jusqu’à tomber dans les mains d’un producteur de Los Angeles qui, à son tour, décide d’enregistrer un premier album du groupe. En 2015, le groupe est invité à jouer dans différents festivals en Europe sous le nom de « Khun Narin Electric Phin Band ». Dans le langage des usagers nord-américains de YouTube, comme dans celui des journalistes qui relateront cette histoire, la rencontre numérique avec les Khun Narin se produit « au fond d’un terrier de lapin YouTube » (down a YouTube rabbit hole). La métaphore est utilisée pour décrire les errances des usagers du net qui se laissent transporter de lien en lien vers des destinations inconnues, elle questionne aussi ce qu’il peut y avoir d’aléatoire dans les connexions culturelles qui résultent d’interactions numériques. À travers le cas des Khun Narin, Edouard Degay Delpeuch proposera d’apporter un éclairage ethnographique à différents débats qui entourent le partage de l’information sur internet.

 

  • Quand ?

Vendredi 26 février 2021 de 14h00 à 16h00

 

Conférence accessible via la plateforme virtuelle Teams - Inscription : lamc@ulb.be